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Demander un 4/5e : quel prix à payer ?  

Pour un meilleur équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, de plus en plus de salariés font le choix de travailler quatre jours par semaine. Si leurs enfants apprécient la décision, qu’en pensent leurs employeurs au moment de distribuer les promotions ? Le temps partiel est-t-il un frein à l’avancement ?

Aujourd’hui encore, « travail à 80 % » continue de rimer avec « maman »… Parmi les salariés ayant opté pour la semaine de quatre jours, les femmes représentent neuf personnes sur dix. Le plus souvent, elles évoquent des nécessités familiales pour demander un emploi à temps partiel : éducation des enfants, parents âgés…

Qualité de vie

Catherine incarne l’exemple type de ces professionnelles qui, à un moment donné, ont choisi de « transférer » quelques heures de boulot vers leur vie privée. Pendant 17 ans, elle a travaillé comme assistante sociale aux 4/5 de temps, dans une administration puis dans une grande banque. Elle conserve un excellent souvenir des mercredis passés à voir grandir ses enfants. « Mon équilibre de vie était très appréciable à l’époque… Je pouvais prendre du temps pour les devoirs, faire mes courses aux heures creuses, et même aller à une expo de temps en temps ! » Récemment promue manager à temps plein, Catherine regrette le « métro boulot dodo », mais elle estime que son évolution professionnelle « n’aurait pas été aussi évidente » en ne travaillant que quatre jours par semaine. À tort ou à raison ?

Règle tacite

Pour Marie-Agnès Barrère-Maurisson, sociologue au CNRS et auteur de l’ouvrage « Travail, famille : le nouveau contrat », le travail à temps partiel constitue encore trop souvent un frein à la progression de carrière. « Dans la tête de beaucoup d’employeurs, cela signifie que la personne est moins disponible pour l’entreprise, en termes de temps mais aussi en termes de mobilité géographique. Ce n’est pas dit officiellement, mais c’est une règle tacite. » L’équation est complexe : comment confier un poste d’encadrement à une personne qui n’est pas là tous les jours ? Comment donner plus de responsabilités à quelqu’un qui gère déjà difficilement son temps ? Sachez que de nos jours, une demande de travail à 80 % est rarement refusée. Reste à savoir quel est le prix à payer…

Plein les yeux

Des différences notables existent toutefois selon les entreprises. De plus en plus de sociétés se soucient d’une éventuelle pénurie de main d’œuvre qualifiée dans les années à venir. Alors pour attirer de nouveaux talents et conserver leurs plus précieuses recrues, certaines d’entre elles ont adopté des mesures (crèches d’entreprises, chèques emplois services, aménagement du temps de travail…) visant à faciliter l’harmonisation entre la vie professionnelle et la vie privée de leurs collaborateurs. « Elles ont pris conscience du fait que les jeunes générations revendiquent une qualité de vie qui ne passe pas uniquement par l’engagement au travail », explique Marie-Agnès Barrère-Maurisson.
Organisation. Ainsi, chez Hewlett Packard, il possible de monter très haut tout en travaillant à temps partiel. En France, près de 10 % des cadres du groupe font la semaine de quatre jours. Une politique clairement revendiquée par la directrice du programme diversité France, Véronique Bouhafs-Blanchard. « À partir du moment où les objectifs de nos managers à temps partiel sont aménagés, leurs performances sont semblables à celles de leurs homologues à temps plein. Parfois, elles sont même légèrement supérieures, parce qu’ils ont développé un haut niveau d’organisation, d’efficacité et de créativité pour tout faire rentrer sur quatre jours. » Chez HP, certains dirigeants partagent même leur temps plein avec un autre salarié. Un bureau, une adresse e-mail, une carte de visite double face… Leur présence au bureau se limite à trois jours par semaine. Il suffisait d’y penser !

Benjamin Métral © Keljob.com