Ces jobs qui cassent les prix
Un job d’informaticien à 160 euros, vous ne rêvez pas, la mondialisation l’a fait. Après avoir débarqué dans nos agences de voyages, le low cost va-t-il prochainement envahir les sites d’offres d’emploi ? Débat, rappel juridique, et autres prospections avec keljob.com
Depuis la mise en ligne (puis le retrait) sur le site de l’ANPE de deux annonces d’offre d’emploi d’informaticien en CDI au salaire oscillant entre 10 000 et 20 000 roupies (160 à 320 €), la polémique enfle. Certes, il s’agissait de deux postes à pourvoir en Inde mais la réponse apportée par Christian Charpy, le directeur de l’ANPE, a ému autant que consterné : « Le salaire proposé est quatre à cinq fois supérieur au salaire moyen en Inde. Chacun est libre de faire ou non une expérience d'expatriation et je ne vois vraiment pas pourquoi on se pose la question de savoir si cette offre est légitime ou pas légitime. » De nombreux chômeurs se sont sentis blessés. La mention « protection sociale à négocier » n’a fait que parachever l’agacement de bien des chercheurs d’emplois.
« Rien n'empêche les entreprises d'embaucher des gens en contrat de droit français, avec le salaire français, et de les détacher là-bas s'ils sont partants » signale Alain Lecanu du syndicat des cadres CFE-CGC. En pratique, l’ANPE peut proposer des offres si elles respectent le droit du pays d’exercice de l’emploi. Les offres low cost sont donc légales.
Si la gauche unanime dénonce le cynisme de pareille offre, il faut rappeler le précédent de jobdealer.net, site lancé en 2005 et fermé en 2006 par application d’un amendement sur la loi pour l’égalité des chances. Fer de lance de cet amendement, la députée UMP Nathalie Kosciusko-Morizet, aujourd’hui décriée sur d’autres thèmes par son propre camp. Le principe était simple, les chercheurs d’emploi enchérissaient pour obtenir un emploi. Plus le salaire horaire proposé était bas, plus ils avaient la chance de décrocher le poste. En France, le salaire ne pouvait être inférieur au SMIC mais en Allemagne ou le minimum salarial n’existe pas, le marchandage a outrance a affolé nos voisins d’outre Rhin.
Les mœurs ont-elles changées ? Alors que la définition d’un emploi « raisonnable » anime les débats des parlementaires, que l’obsession du plein emploi guide le gouvernement, est-il possible d’enrayer certaines dérives ? Si les ultra libéraux défendent l’ANPE et ses offres low cost sous principe de mondialisation économique, la plupart condamnent ce qui ressemblent à s’y méprendre à du dumping social.
Antoine Vlastuin © keljob.com

